Triple album de trente-six standards, Triplicate referme la trilogie Sinatra en trois volets — 'Til the Sun Goes Down, Devil Dolls et Comin' Home Late. Le geste, inédit dans le rock, étonne autant qu'il convainc.

Aboutissement démesuré de la trilogie de standards entamée avec Shadows in the Night, Triplicate rassemble sur trois disques distincts, chacun organisé autour d'une thématique implicite, pas moins de trente reprises du répertoire popularisé par Frank Sinatra et ses contemporains — le geste le plus massif jamais consacré par Dylan à l'interprétation d'un répertoire qui n'est pas le sien.
La structure en trois volets de dix titres chacun, plutôt qu'un unique disque compact, traduit l'ambition affichée du projet : proposer une traversée complète et organisée de ce répertoire plutôt qu'une simple sélection ponctuelle comme sur les deux albums précédents. As Time Goes By et September of My Years illustrent la méditation sur le temps qui traverse discrètement l'ensemble de la sélection, en écho evident avec l'âge avancé de l'interprète.
Le triple format, rare dans l'histoire du disque contemporain à l'ère du streaming, constitue en lui-même une déclaration d'intention : Dylan revendique ici un rapport à l'écoute longue et concentrée, à contre-courant des habitudes de consommation musicale de son époque.
Accueilli avec un respect certain mais sans l'enthousiasme suscité par ses albums de compositions originales, Triplicate referme cette parenthèse de trois disques consacrés au Great American Songbook avant que Dylan ne revienne, trois ans plus tard, à l'écriture originale avec Rough and Rowdy Ways.
Enregistré à Los Angeles en 2016 et 2017. Dylan pousse jusqu'au bout sa logique de relecture du Great American Songbook, au risque de dérouter son public le plus fidèle.