Paru le 11 septembre 2001, « Love and Theft » impose une écriture baroque et comique, nourrie de blues, de swing et d'une érudition ironique. Mississippi en est la pièce centrale.

Publié le 11 septembre 2001, jour des attentats contre le World Trade Center, "Love and Theft" doit à cette coïncidence tragique une partie de sa réception immédiate, mais le disque s'impose de lui-même comme l'un des sommets de la période tardive de Dylan, pour la première fois autoproduit sous le pseudonyme de Jack Frost.
Le titre, emprunté à un ouvrage universitaire sur le rôle du minstrel show dans la culture populaire américaine, annonce le programme du disque : un voyage érudit et ludique à travers un siècle entier de musique populaire américaine, du rockabilly au vaudeville en passant par le blues rural et le swing, porté par un groupe de tournée rodé qui joue ici avec une aisance rare. Mississippi, écrite des années plus tôt pour Time Out of Mind puis abandonnée, y trouve enfin sa place définitive ; Sugar Baby referme le disque sur une méditation funèbre et sereine à la fois.
L'écriture de Dylan, ici, se fait plus allusive et plus drôle que sur le disque précédent, multipliant citations littéraires détournées, jeux de mots et clins d'œil à la culture populaire américaine dans un geste qui doit autant à Chronicles, ses mémoires publiées quelques années plus tard, qu'à ses disques antérieurs.
Salué comme l'égal de Time Out of Mind par la quasi-totalité de la critique, "Love and Theft" confirme que la renaissance créative amorcée en 1997 n'était pas un accident isolé mais le début d'une nouvelle période durablement féconde.
Enregistré en partie avec son groupe de tournée, le disque marque le retour de Dylan à l'autoproduction sous le pseudonyme de Jack Frost.
Mississippi, écrit plusieurs années auparavant et d'abord cédé à d'autres, y trouve sa forme définitive ; Summer Days y installe une joie de swing qui traverse tout l'album.